Le Concept général de formation « CGF 2020 » reformate la formation policière. Ce programme est pourtant sujet à de vives discussions, car il démontre que, malgré tout fédéralisme qui soit, la standardisation est du domaine du possible ! En effet, la force de rayonnement est immense, et pourrait conduire à un « fédéralisme plus harmonisé ». Et cela ne concerne pas seulement la formation de base et continue.

© SPIStefan Aegerter, Vizedirektor des SPIStefan Aegerter, Vizedirektor des SPI

Nulle part ailleurs, le fédéralisme suisse est aussi « vivant » que dans le corps de police. En effet, personne n’est sans ignorer que les ambitions de standardisation, qui consistent en la tentative d’harmonisation des extravagances momentanées du « cantonalisme », se révèlent être une tâche interminable. La meilleure illustration de cette thèse est livrée par le projet de l’Harmonisation de l’informatique policière suisse (HiP), les marchés publics – et la formation de base et continue. Pourtant, nous assistons maintenant à quelque chose de révolutionnaire : le nœud gordien a été tranché dans le domaine de la formation policière ! Le CGF 2020, qui définit (enfin) les standards nationaux – pour une formation professionnelle qui continue d’être décentralisée dans la police – en porte la responsabilité. Et comme si cela ne suffisait pas, la formation s’améliore, elle aussi, et se tourne vers l’avenir.

Harmonisé et pourtant fédéraliste

Le CGF 2020 est dû à l’initiative de la Conférence des directrices et directeurs des départements cantonaux de justice et police (CCDJP) et de la Conférence des commandants des polices cantonales de Suisse (CCPCS). La direction du projet est attribuée à l’Institut suisse de police (ISP), l’un des constituants de l’organe responsable, en collaboration avec la CCPCS, la Société des chefs de police des villes de Suisse (SCPVS) et la Fédération suisse des fonctionnaires de police (FSFP). Ensemble, ils constituent l’Organisation du monde du travail (OrTra) de la police. Cela crée les fondements nécessaires pour lancer un projet d’importance nationale qui va bouleverser bien des choses et qui comporte trois parties essentielles.

La première partie du CGF 2020 est le concept de formation. Il étend la formation policière à maintenant deux ans et la répartit sur deux réseaux pédagogiques. La première année, les futurs policiers la passent dans un Centre régional de formation (CRF). Celle-ci débouche sur l’« Examen de la capacité opérationnelle » (ECO), un examen préliminaire qui a fait l’objet d’une harmonisation sur le plan national. La deuxième année, les aspirants policiers acquièrent leur expérience pratique et développent sur le tas, dans leur corps d’appartenance, les connaissances et compétences de base acquises au cours de leur première année, pour les transformer en aptitudes ou, autrement dit, en compétence professionnelle. Dans quelle mesure cette dernière est avancée, s’évaluera à la fin de la deuxième année à l’aide de l’examen professionnel « Policier / Policière avec brevet fédéral ».

Plus homogène, plus long et mieux

© SPIReto Habermacher, Direktor SPIReto Habermacher, Direktor SPI

La deuxième partie du CGF 2020 est la rédaction des directives, obligatoires au niveau national, pour la formation professionnelle policière. Les standards qui les accompagnent définissent le Plan de formation policière (PFP) et le Profil de qualification policière/policier. Les deux documents énoncent les objectifs, contenus, outils et méthodologie majeurs de la formation policière, qui se concentrent de manière approfondie sur l’acquisition d’une « compétence requise pour le travail de tous les jours » plus effective. Reto Habermacher, directeur de l’ISP, explique : « La formation policière ne devient pas seulement plus homogène et plus longue, elle s’améliore aussi dans trois composantes. Premièrement, les orientations opérationnelles et de compétences gagnent en importance. Deuxièmement, l’on tend de plus en plus à organiser soi-même sa manière d’apprendre et de réfléchir. Troisièmement, les thèmes « valeurs » et « éthi­-que » donnent une nouvelle orientation au travail de la police tourné vers le futur et le succès. »

Le nouveau Plan de formation policière (PFP)

Tout cela est expliqué clairement dans le PFP. Le plan fut élaboré sous l’égide de l’ISP, responsable de projet, avec la participation active des concordats de police, des CRF ainsi que de la police militaire et de la police des transports CFF. Il prend comme modèle la loi fédérale et l’Ordonnance sur la formation professionnelle (OFPr 2002, OFPr 2003), ainsi que le Règlement concernant l’Examen professionnel de policier/policière (2020). Il se base en outre sur le Plan d’étude cadre de policier/policière (2014). Pourtant, ce qui est passionnant est ce qui suit : Le PFP est certes ce qui définit les standards nationaux en vigueur, il accorde néanmoins aux réseaux pédagogiques, c’est-à-dire les CRF et les corps, des libertés en termes de pluralité de méthodologies et dans la réalisation concrète des directives.
« L’enseignement est complexe, créatif et individuel. Des règles trop strictes sont un obstacle aux succès de l’apprentissage. C’est pourquoi le PFP laisse toute liberté à l’enseignement », explique Stefan Aegerter, vice-directeur de l’ISP. Toutefois, il souligne que, mis à part ces libertés indispensables, il est essentiel de respecter des standards nationaux et des conditions-cadres homogènes pour organiser des examens équitables et clairement évaluables : « Finalement, ce sont les standards nationaux ainsi que les directives du SEFRI, qui confèrent à un examen fédéral toute sa légitimité. »

C’est dans ce sens que le PFP formule les approches majeures d’une bonne instruction et définit les lignes essentielles, lesquelles s’appliquent également à – et nous sommes ici en présence du troisième point qui plus est une innovation majeure – « une transmission intensive et à temps des valeurs éthiques, morales et humanitaires », c’est-à-dire le véritable « code pour un bon travail policier ». Reto Habermacher, le chef de projet, explique à cet effet : « Il existe d’une part une mission constitutionnelle de base de la police et, d’autre part, un État qui garantit les droits fondamentaux. Pour les forces de police, cela signifie un conflit perpétuel, respectivement un « grand écart », entre les deux. En effet, la police veille au respect des droits fondamentaux, mais se devait, jusqu’à présent, de les limiter délibérément au vu de la réalisation de leur mission, c’est-à-dire pour l’application des mesures de contrainte. Il est demandé aux policiers d’évaluer, ad hoc et correctement, les situations et scénarios les plus divers, afin d’agir dans le bon sens. Cela signifie souvent des prises de décision immédiates et parfaitement claires, dont les conséquences sont quelquefois graves. Cela rend le travail de la police complexe et exigeant. Notre objectif est donc de transmettre, au cours de l’apprentissage, ces valeurs et normes, ces principes, ces lignes directrices et ces codes qui sont si précieux pour un bon travail de police. »

Un concept de formation professionnelle sur deux niveaux

© Ecole polonaise de SuisseLes futurs policières et policiers doivent apprendre à réagir de manière adéquate dans chaque situation, même en cas d’émeutes.Les futurs policières et policiers doivent apprendre à réagir de manière adéquate dans chaque situation, même en cas d’émeutes.Le CGF 2020 poursuit un concept de formation sur deux niveaux. Au CRF, la phase 1 sert à la formation de base et s’appuie sur trois piliers : le savoir spécialisé, les entraînements en situation et la réflexion. Les cours en présentiel, l’apprentissage autonome ainsi que les entraînements dans le dojo, sur le stand de tir et le terrain de sport forment un ensemble et sont organisés de manière à ancrer les compétences, explique Stefan Aegerter : « Une formation de qualité est basée sur un processus d’enseignement : on acquiert des aptitudes ou des connaissances qu’on exerce dans un cadre sécurisé, puis on consolide et on fait un travail de réflexion sur les acquis jusqu’à ce que la manière correcte d’agir étaie la présence de compétences. » Cette première phase, qui comprend une valeur de référence de 1’200 cours, est associée à des formations et stages spécifiques au corps, d’une durée de neuf à quinze semaines. l’Examen de la capacité opérationnelle (ECO) finalise cette phase. Stefan Aegerter :
« L’ECO détermine si les apprenants ont les capacités nécessaires pour effectuer des interventions et sont donc aptes à intégrer leur corps d’a­p­par­tenance. Seuls ceux qui auront été reçus à l’examen seront admis en deuxième année. »

Celle-ci est axée sur l’acquisition et la consolidation de l’expérience pratique, c’est-à-dire le « learning by doing » et le développement du savoir-faire professionnel dans tous les domaines du travail de police. « Nous parlons ici de compétences sociales et communicatives, de la bonne application des lois, du sauvetage, des secours apportés à autrui, de sa propre sécurité, d’une circulation sûre sur les routes et de bien plus encore », explique Reto Habermacher. Pour ce faire, des outils innovants de pratique doivent favoriser l’acquisition de « compétences » efficaces. « Les futures forces de police effectuent des missions pratiques sous leur propre responsabilité. Ces dernières représentent 20 situations typiques de travail dont la définition est le fruit d’une concertation inter-cantons et sont disponibles au niveau national. Chaque mission pratique est assortie d’une grille de compétences. Cela permet aux apprenants de s’autoévaluer et de faire une réflexion personnelle. Les évaluations par de tiers fournissent la vision externe adéquate et les écarts éventuels montrent le chemin de l’amélioration et de la consolidation du savoir », déclare Reto Habermacher.

Les « futurs » sont accompagnés et suivis par les « experts »

© SPIL’apprentissage autonome et continu font aujourd’hui partie du métier de policier, non seulement pendant la formation de base, mais également durant toute une vie (professionnelle).L’apprentissage autonome et continu font aujourd’hui partie du métier de policier, non seulement pendant la formation de base, mais également durant toute une vie (professionnelle).du corps d’appartenance. Deux types d’instructeurs ont un rôle à jouer : d’une part les coaches qui enseignent les apprenants, leur donnent un feed-back sur leurs missions pratiques et réalisent des entretiens initiaux et intermédiaires. D’autre part, les mentors qui, durant toute la période de l’apprentissage, sont en charge de l’encadrement, de la surveillance et du suivi du processus d’enseignement, et ce, à partir du stage d’introduction en première année jusqu’à l’examen professionnel en fin de deuxième année. « Les mentors sont les premières personnes à contacter pour toutes les questions concernant le contenu et l’organisation et servent d’interface et de soutien durant la période d’enseignement. Ils aident les apprenants en toutes situations, essaient de comprendre les origines des difficultés et tentent de les clarifier, notamment avec des mesures de soutien ciblées », rajoute Stefan Aegerter.

Des ressources numériques pour encourager le développement des compétences

Alors que dans la première phase, la formation policière de base est en grande partie dispensée dans les salles de classe ou sur les terrains d’entraînement et souvent avec des instructions concrètes, la deuxième phase, quant à elle, est surtout consacrée à l’organisation et la réflexion personnelle axées sur l’apprentissage. Ce faisant l’ISP utilise, pour la première fois dans l’histoire de la formation policière suisse, des ressources numériques sur la Plateforme nationale de formation PNFP (edupolice.ch) : pour le traitement des instruments pratiques et pour la formation des experts examinateurs ainsi que les mentors et les coaches, l’organe responsable mise, entre autres, sur des éléments de l’environnement suisse d’apprentissage « Konvink » (voir page 29).

Les corps de police sont mis au défi

© École de police de Suisse orientaleLes mesures de sauvetage font également partie du travail de police. Il s’agit donc d’acquérir les compétences correspondantes au cours de la formation.Les mesures de sauvetage font également partie du travail de police. Il s’agit donc d’acquérir les compétences correspondantes au cours de la formation.À chaque fois que de nouvelles voies sont empruntées, c’est la même chose : tout commencement est difficile. Les corps sont notamment en présence de grands défis. Il s’agit d’une part de développer – c’est-à-dire de former – les personnes possédant les qualités requises pour un travail d’encadrement en tant que coaches et mentors. D’autre part, la créativité et les connaissances pour le développement d’une deuxième phase intéressante et efficiente de formation sont nécessaires. « L’ISP n’est pas sans connaître les chances, mais aussi les défis, que doivent relever les corps. Nous sommes à leur disposition pour leur apporter le soutien et les échanges dont ils ont besoin », promet Reto Habermacher.

Conclusion : une grande idée

L’idée portée par le CGF 2020 est aussi pertinente que potentiellement forte. La question clé sera de savoir si la dilution redoutée des objectifs peut être évitée et si l’harmonisation souhaitée est effectivement mise en œuvre au sein du corps. Si cela devait intervenir, nous aurions la preuve que le concept de : « Standards nationaux harmonisés et obligatoires avec des libertés d’action fédéralistes » fonctionne. Alors le CGF 2020 montrerait la voie à toutes les organisations d’intervention d’urgence pour une plus grande efficacité et transparence. Que ce soit dans la formation professionnelle, mais aussi bien au-delà.

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