© https://commons.wikimedia.orgDepuis 1970, des millions d’adeptes de films policiers sont cloués devant leur télé pour voir « Tatort » les dimanches soir. Le 1’100e épisode a été diffusé sur les chaînes le 19 août 2019. Nous enquêtons sur quelques faits étonnants.

Le « Tatort » a été inventé par Gunther Witte pour concurrencer, sur la chaîne allemande ZDF, « Der Kommissar », la série policière diffusée par l’autre chaîne allemande ARD. Le premier épisode du 29 novembre 1970 portait le même titre que le numéro 1’100, à savoir : « Taxi nach Leipzig ». Son indice d’écoute était de 61 pour cent et les premières images commençaient par les mots de Günter Lamprecht : « Monsieur Landsberger ? Éteignez le moteur ! ».

Esclandre juste après la diffusion du premier épisode

Le premier commissaire de la série était Walter Richter. Son incarnation du personnage de l’enquêteur Paul Trimmel a causé un scandale : en effet, la police hambourgeoise, dont les voitures de fonction ont servi au tournage du film, a craint pour sa réputation en raison des jurons et des beuveries dont Paul Trimmel était coutumier. Mais leur image n’a pas été ternie et Paul Trimmel est resté en service pendant douze ans. Bizarre : Le film policier « Exklusiv », diffusé en 1969 et dans lequel Paul Trimmel apparut pour la première fois, a été retransmis une seconde fois en 1971 comme épisode
n° 9 du Tatort.

Légendaire et extrêmement bon marché : le générique

Pour le générique iconique du « Tatort », Horst Lettenmeyer a prêté ses yeux et ses jambes pour un cachet de 400
D-Mark. Plus tard, les tentatives d’imposer par voie judiciaire un honoraire répété, n’ont pas abouti. Le compositeur de la musique du film et musicien de jazz, Klaus Doldinger, a eu plus de chance, il a en effet touché 7’500 D-Mark pour le générique du « Tatort ». La mélodie a été modifiée en 1978 et en 2004, en changeant notamment le morceau de batterie de Udo Lindenberg.

Des politiciens critiques et des scènes de nu scandaleuses

© NDRNastassja Kinski, âgée à l’époque de 15 ans, ne s’est pas seulement dénudée dans le « Tatort : Reifezeugnis » de 1977, mais s’est aussi servie d’un pistolet (Walther PPK). À l’époque, un véritable scandale.Nastassja Kinski, âgée à l’époque de 15 ans, ne s’est pas seulement dénudée dans le « Tatort : Reifezeugnis » de 1977, mais s’est aussi servie d’un pistolet (Walther PPK). À l’époque, un véritable scandale.En 1975, le coryphée politique bavarois Franz Josef Strauß s’est opposé au « Tatort ». Il a en effet qualifié l’épisode « Tod im U-Bahnschacht » comme un « Film de bandits du Monte­video avec des scènes de bordel ». De l’intendant du SFB (émetteur du Berlin libre), il exigea de « Mettre fin à ces bêtises ». Mais le « Tatort » n’a pas été supprimé, il a continué à faire scandale et à lancer des carrières brillantes. Le meilleur exemple : L’épisode « Reifezeugnis » (1977), dans lequel le régisseur Wolfgang Petersen (« Troie ») décrit un rapport amoureux entre élève et professeur et où Nastassja Kinski, à l’époque âgée de 15 ans, dénude ses seins. Un scandale pour la télévision – et pour Kinski et Peterson, un billet pour Hollywood.

Les téléfilms du « Giftschrank » et les alévis dans les rues

Pendant 35 ans, l’épisode « Der gelbe Unterrock » (1980) a été classé dans le « Giftschrank » (frappé d’interdiction de rediffusion) en raison des scènes de violence et de fantaisies sexuelles perverses d’un fétichiste de vêtements portées à l’écran. De nos jours, il est considéré comme un « document d’époque », alors que le téléfilm « Krokodilwächter » (1996) est encore interdit de diffusion après que l’ancien responsable des médias du groupe parlementaire de la CDU/CSU, Hans-Otto Wilhelm, ait jugé l’épisode « Brutal, sexiste et inhumain ». L’épisode « Wem Ehre gebührt », dans lequel une jeune alévi est tombée enceinte de son père, a causé encore plus d’ennuis après sa retransmission en 2007. En effet, près de 20’000 personnes ont manifesté dans les rues de Cologne et la confrérie des alévis en Allemagne a déposé plainte contre la scénariste Angelina Maccarone pour incitation à la haine à l’encontre de minorités.

Inoubliable : le commissaire principal Horst Schimanski

© ORF, Uwe StratmannGötz George, alias le commissaire principal Horst Schimanski, jurait toujours comme un charretier. Dans chaque épisode, il disait jusqu’à 18 fois « Merde ! ».Götz George, alias le commissaire principal Horst Schimanski, jurait toujours comme un charretier. Dans chaque épisode, il disait jusqu’à 18 fois « Merde ! ».L’ère de Götz George (✝ 2016), dans le rôle du commissaire principal Horst Schimanski en fonction à Duisbourg, a commencé en 1981. Sa première phrase fut : « Hotte, espèce d’imbécile, arrête cette merde ! » et son dernier mot lors de son départ en 1991 était également « Merde ». Pourtant, l’homme qui parlait l’argot de la Ruhr, qui se mouchait et respirait bruyamment, qui avait un cœur généreux et portait une veste militaire M65 (introduite dans l’armée américaine en 1965) a établi des records le long des 27 épisodes et de deux longs-métrages : « Unter Brüdern » a été retransmis des douzaines de fois, « Der Fall Schimanski » est, avec près de 16,7 millions de téléspectateurs, l’un des épisodes les plus populaires de tous les temps. Entre 1997 et 2013, Götz George a joué dans la série « Schimanski » et, depuis 2014, on trouve une rue « Horst-Schimanski-Gasse » à Duisbourg.

Des célébrités et des méthodes de meurtre bizarres

De nombreuses personnalités connues, telles que Roger Moore, Helene Fischer, Dieter Bohlen et l’ancien rédacteur en chef de la BILD Kai Diekmann, ont fait une courte apparition dans le « Tatort ». Ces personnes étaient en partie aussi insolites que les meurtres commis. En effet, les victimes ne furent pas seulement tuées par balle ou à coups de massue, mais parfois assassinées avec un tampon imbibé de cyanure ou avec un baiser (la victime était allergique aux noix), ou encore distillées en eau-de-vie, empalées, hachées ou lyophilisées. Ce faisant, le nombre de morts augmentait continuellement. L’année 2016, avec ses 162 victimes, n’en comptait que trois de moins que le cumul de tous les meurtres commis dans les 107 épisodes diffusés entre 1970 et 1979 et le « Tatort » de Wiesbaden « Im Schmerz geboren » détenait le record de 51 morts.

La première femme du « Tatort »

Jusqu’en 1987, le « Tatort » était une affaire d’hommes, puis vint Nicole Heesters comme première femme commissaire. En 1989, Ulrike Folkerts, à l’époque âgée de 28 ans, rejoignit l’équipe pour incarner Lena Odenthal, aujourd’hui la commissaire avec la plus grande ancienneté du « Tatort ». Le premier « Tatort » Suisse, dans lequel Matthias Gnädiger alias l’agent de police Walter Howald de Berne fut en même temps enquêteur et auteur du crime, a été diffusé en 1990. Par la suite, de nombreux Allemands du Nord se sont plaints de l’absence de sous-titres. Ces derniers ne sont apparus qu’une seule fois en 1982, lorsqu’un « Tatort » a été entièrement tourné en dialecte bas allemand.

La série vue comme un modèle à suivre par les criminels

Le « Tatort » n’a servi qu’une seule fois d’inspiration aux criminels : en 1984, deux semaines après que Manfred Krug a joué son premier rôle en tant que Paul Stoever dans l’épisode « Haie vor Helgoland » et a résolu un vol à main armée commis sur le ferry reliant Helgoland à Cuxhaven, de vrais voleurs ont attaqué à Bremerhaven le bateau de transport de passagers « Roland von Bremen ». Ils ont volé 60’000 D-Mark, se sont échappés sans être reconnus et, contrairement au film, n’ont tué personne.

Crosscall construit depuis huit ans des porta­bles et smartphones « tout-terrain » à Aix-en-Provence. Nous avons testé le modèle phare Trekker-X4 avec ses fonctions Dashcam et Bodycam, qui revêt un grand intérêt pour les forces d’intervention.

© Jörg RothweilerLe Trekker-X4 de Crosscall est un smartphone extrêmement robuste doté d’une fonction Bodycam.Le Trekker-X4 de Crosscall est un smartphone extrêmement robuste doté d’une fonction Bodycam.

Le Trekker-X4 de Crosscall certifié Mil-Std 810 G et IP68 sait tenir les chocs : nous avons poncé son écran sur le sable au bord du lac de Zurich, nous l’avons lâché dans les basses eaux qui se déplacent sous l’effet de la houle et laissé s’abattre contre les rochers du fond, nous l’avons fait plusieurs fois tomber sur le bitume en le tenant à hauteur de la poitrine, et nous l’avons placé sous le jet d’eau d’une fontaine. Conclusion : après deux heures de supplices, le cadre métallique revêtu de matière plastique renforcée à la fibre de verre ne présentait que de légères rayures, le Gorilla Glass 5 sur l’écran tactile 5,5 pouces semblait comme neuf et l’appareil fonctionnait parfaitement.

Un équipement haut de gamme

Outre cette résistance exceptionnelle, ce smartphone qui mesure environ 16 x 8 cm, fait 13 mm d’épaisseur et pèse 250 grammes offre une technologie de pointe. Il fonctionne avec Android 8 Oreo (Android 9 à compter de l’automne 2019) et est en outre doté des services Google ainsi que de certaines applications d’entreprise. L’énergie est fournie par une mémoire RAM de 4 Go et un excellent chipset (Qualcomm Snapdragon 660), et l’autonomie (32 heures pour une utilisation 4G, 11 heures pour une utilisation GPS) est assurée par une batterie 4400 mAh. Un socle de chargement est disponible en option, avec une batterie externe de 5000 mAh, ainsi qu’une station de charge permettant de charger jusqu’à dix appareils simultanément pour les équipes et les forces d’intervention (afin que les unités de police spécialisées de France et de Romandie puissent notamment utiliser les appareils). Sa mémoire interne est de 64 Go, et peut être étendue de 512 Go supplémentaires. Mais son slot hybride empêche l’utilisation d’une seconde carte SIM.

Fonctions Dashcam et Bodycam

© Jörg RothweilerL’état du boîtier après avoir été plongé dans l’eau, jusqu’à deux mètres de profondeur, et être tombé de deux mètres de haut.L’état du boîtier après avoir été plongé dans l’eau, jusqu’à deux mètres de profondeur, et être tombé de deux mètres de haut.Sa combinaison remarquable de deux caméras de 12 MP mérite d’être soulignée. Grâce à elle, le Trekker-X4 peut réaliser des vidéos en qualité 4K, filmer en accéléré, en ralenti (jusqu’à 120 images/sec.) et prendre des photos avec un fisheye et le mode de stabilisation de l’image et de la ligne d’horizon. Il offre en outre la fonction Dashcam, un atout indéniable. Si celle-ci est activée, la caméra filme en continu ce qui se passe dans son champ de vision à 170°. Il suffit d’appuyer sur un bouton pour que les images filmées en temps réel soient enregistrées, même celles générées il y a 30, 60 ou 90 secondes.

Autre point fort : l’interface X-Link au dos de l’appareil, qui a trois fonctions. Premièrement, grâce à un aimant (complété le cas échéant d’un clip de sécurité X-Blocker), l’appareil adhère parfaitement aux adaptateurs pour les bureaux, les cockpits de voiture, les sangles de bras ou de poitrine, les perches à selfie ou les trépieds. Deuxièmement, le X-Link permet la charge par induction, et, troisièmement, un transfert rapide des données.

Des capteurs d’accélération, de lumière et de proximité, un gyroscope, une boussole, un baromètre, un altimètre, un thermomètre et un hygromètre viennent compléter cet équipement.

Des faiblesses à relativiser

© Jörg RothweilerUne vaste gamme d’accessoires est disponible pour les équipes d’intervention, comme des mémoires de données ou des supports pour bureaux ou pour véhicules.Une vaste gamme d’accessoires est disponible pour les équipes d’intervention, comme des mémoires de données ou des supports pour bureaux ou pour véhicules.Outre le poids, l’écran du Trekker-X4 constitue également un point faible. L’angle de vue et le rendu des couleurs sont certes de très bonne qualité, mais l’affichage est légèrement trop sombre au soleil. La bordure plutôt large semble par ailleurs démodée, mais elle sert à protéger l’appareil, tout comme le Gorilla Glass qui dépasse légèrement tout autour du boîtier. Et comme l’a montré notre test, celui-ci offre une qualité optimale.

Conclusion

Le Crosscall Trekker-X4 présente une résistance élevée, et est doté de fonctions extrêmement utiles pour les forces d’intervention, comme les fonctions Dashcam/Bodycam ou encore X-Link. Les performances offertes, ainsi que la fonc­tion vidéo, l’autonomie de la batterie et la qualité d’affichage, étant plus que suffisantes, son prix (à partir de 649 francs) est tout à fait acceptable.

Vous trouverez de plus amples informations sur le site www.crosscall.com ou chez le distributeur suisse Autronic AG, www.autronic.ch.

Les criminalistes spécialisés dans l’investigation et l’identification numériques, recherchent des indices digitalisés sur des appareils infor­ma­ti­ques, dans le Cloud, sur Internet et dans le Darknet. À l’aide de preuves numériques, ils con­fondent les auteurs de délits commis dans le monde virtuel ou réel. L’équipe de la police lucernoise comprend six personnes. Celle-ci nous a permis de jeter un regard exclusif derrière les coulisses.

© Jörg RothweilerCes adaptateurs et bien d’autres encore sont utilisés pour exploiter les anciens smartphones et autres appareils mobiles.Ces adaptateurs et bien d’autres encore sont utilisés pour exploiter les anciens smartphones et autres appareils mobiles.

Plus de 56’000 photos sont stockées sur le smartphone qu’un collaborateur de l’équipe de criminalistes informatiques de la police lucernoise évalue en ce moment. « Oh, ce n’est encore rien », déclare le directeur de section, Daniel Sémon. « Dans les enquêtes de pornographie enfantine, il n’est pas rare que la quantité de photos à sécuriser et à examiner avoisine le million. »

Sachant qu’ici, le premier problème qui se pose : est l’augmentation permanente de l’incroyable quantité de données rencontrée tout particulièrement dans le domaine de la forensique des téléphones portables. Alors que l’iPhone 8 offrait une capacité de stockage de 128 Go en 2017, le Samsung Note 9 (2018) offre jusqu’à 512 Go et le Samsung Galaxy S10+ dépasse même les 1 TB de mémoire utilisateur.

Toujours plus de données entraînent une augmentation des coûts

Cette course au volume croissant des données créée des problèmes. Les criminalistes informatiques nécessitent de plus en plus de capacité de stockage pour mémoriser les informations saisies et ont besoin de toujours plus de temps pour les visualiser. Certes, ils se servent d’outils technologiques à cet effet, mais le nombre de personnes impliquées augmente et les investigations durent plus longtemps. Cela peut être critique, surtout lorsque des preuves doivent être exploitées pour servir à justifier une demande de prolongation de détention ou même une détention provisoire.

D’un autre côté, l’augmentation de la capacité de stockage et le confort des utilisateurs présentent certains avantages. « Ceux qui suppriment les données dans leur smartphone sont de plus en plus rares. Surtout chez les jeunes gens, dont la vie complète se lit dans la mémoire, laquelle livre souvent des indices et des preuves exploitables », explique la seule criminaliste informatique féminine de l’équipe de Daniel Sémon. C’est après des études en informatique que cette dernière a pris la décision de postuler auprès des services de police. Après avoir suivi une formation de base, elle a acquis, pendant son service régulier, les connaissances nécessaires en matière de recherche, d’enquête et de jurisprudence essentielles aux criminalistes informatiques avant de rejoindre la forensique informatique. Forte de ses premières expériences, elle s’est rendue à Dublin pour suiv­re en cours d’emploi un enseignement par corres­pon­dance sur la forensique informatique et la cyber investigation.

Un métier passionnant, mais aussi contraignant

© Jörg RothweilerLe cas échéant, les criminalistes informatiques n’hésitent pas à démonter un appareil pour accéder aux données mémorisées.Le cas échéant, les criminalistes informatiques n’hésitent pas à démonter un appareil pour accéder aux données mémorisées.« Le métier est passionnant et diversifié, car aucune affaire ne ressemble à une autre », déclare-t-elle. Et puis, se trouve toujours quelque chose d’utilisable. « Chacun et tout sur la scène du crime emporte et laisse quelque chose sur place ». Cette phrase formulée par le médecin français Edmund Locard au début du XXe siècle s’applique aussi au monde digital.

Cependant, la criminaliste informatique n’est pas sans connaître le haut degré de contraintes qu’apporte sa profession. « Nous voyons uniquement ce qui est négatif, méchant et mal. Cela peut nous amener à nos limites ». Ses propres limites ont été atteintes après s’être consacrée de manière intensive et pendant des mois à la pornographie à caractère pédophile. « Il est arrivé un moment où je ne pouvais ni ne voulais plus rien voir », se souvient-elle. Au lieu de jeter l’éponge, elle a préféré chercher le changement au sein de l’équipe. Depuis, elle s’occupe davantage des délits de drogue et financiers et exploite les ordinateurs plutôt que les portables. « Ici les volumes de données sont encore plus importants et nous sommes plus souvent confrontés à des appareils fortement cryptés. Mais les délais à respecter ne sont pas aussi courts et je préfère les textes aux images. »

Méticulosité et ténacité portent leurs fruits

Son équipe et le chef du KK I se réjouissent qu’elle soit restée. « Notre collègue n’est pas seulement très douée dans l’utilisation des appareils et outils, elle dispose également d’une mémoire phénoménale et fait preuve d’une excellente intuition requise pour assurer les succès des enquêtes », la complimente un collègue et donne trois exemples. « Une fois, alors qu’elle était en train d’exploiter des liaisons téléphoniques, un numéro qu’elle avait déjà vu quelque part a attiré son attention. En un rien de temps, elle l’a localisé et a pu prouver qu’un délinquant déjà fiché était également mêlé à l’affaire actuelle. Une autre fois, elle a découvert, dans un appareil appartenant à une personne arrêtée pour des délits de drogue, des photos la montrant en train de taguer. Grâce à certains contenus d’images, elle a pu découvrir le lieu du délit et les métadonnées lui ont livré l’heure exacte des agissements. Une comparaison avec les plaintes déposées contre X a livré une concordance. C’est ainsi que cette personne a pu être confondue et condamnée non seulement pour un délit de drogue, mais aussi pour vandalisme. Dans une troisième affaire, elle a été en mesure de prouver très rapidement qu’une personne accusée par sa propre société, était définitivement innocente. »

Il n’arrive pas souvent que les preuves soient apportées si vite et de manière si efficace. « Récemment, une audience a eu lieu pour laquelle j’ai recueilli des preuves – ce qui m’a pris près de deux ans et demi, car une grande société de médias sociaux était impliquée. L’obtention des données accablantes via le recours juridique international s’est avérée laborieuse, complexe et longue. Mais en fin de compte, cela en valait la peine », raconte un autre collaborateur de l’équipe de Daniel Sémon, qui se réjouit du succès.

Lorsque les traqueurs d’activité ecueillent également des preuves

© PexelsPour que les données stockées sur les comptes des médias sociaux puissent être acceptées comme pièces à conviction devant un tribunal, il est souvent nécessaire d’intenter une action en justice internationale, ce qui est coûteux et prend du temps.Pour que les données stockées sur les comptes des médias sociaux puissent être acceptées comme pièces à conviction devant un tribunal, il est souvent nécessaire d’intenter une action en justice internationale, ce qui est coûteux et prend du temps.Outre les appareils mobiles, les ordinateurs portables et les ordinateurs de bureau, les dispositifs IdO, tels que les bracelets connectés et les montres intelligentes peuvent également démasquer les coupables, déclare un autre membre de l’équipe de Daniel Sémon : « Une fois, nous avons pu résoudre un cambriolage parce que le bracelet connecté du suspect avait enregistré une brève et intense activité de course au moment où, selon les témoins, le voleur avait pris la fuite en courant. Nous nous en sommes rendu compte, car d’habitude l’appareil ne détectait que la marche au rythme normal. L’exploitation des données GPS du smartphone et les images vidéo d’une caméra des transports publics ont par ailleurs révélé que la personne se trouvait à proximité immédiate du lieu du délit. L’enquête était donc résolue avec succès. »

Précaution et technique de pointe sont la base du succès

Pour obtenir de tels succès, les criminalistes informatiques doivent travailler avec minutie. Le fait de saisir les appareils peut déjà entraîner des pertes de données. « Les téléphones portables saisis doivent immédiatement faire l’objet d’un blocage contre d’éventuelles connexions Internet et donc l’effacement des données par commande à distance. Dans le temps, nous utilisions des Faraday-Bags, aujourd’hui nous disposons, Dieu merci, du « Mode hors-ligne », explique un collaborateur.

Et la dame de l’équipe de rajouter : « Les clés USB ne doivent jamais être connectées directement avec l’ordinateur. Elles pour­raient contenir des logiciels malveillants. » Ce n’est pas pour rien que les ordinateurs du laboratoire des criminalistes informatiques sont isolés du réseau de la police lucernoise et ne sont pas connectés à Internet.

Des outils spéciaux et la perpétuelle course entre attaque et défense

Tous les appareils informatiques saisis sont exploités avec des logiciels et du matériel informatique particulier en fonction de leur type et du fabricant. Pour ce faire, la police lucernoise utilise différents outils provenant de divers fabricants internationaux. De quoi s’agit-il ? Cela, Daniel Sémon ne le révèle évidemment pas.

Par contre, ce n’est pas un secret que les techniques de cryptage toujours plus perfectionnées ainsi que la diffusion accrue de blocages d’accès biométriques compliquent le travail de la forensique informatique. « Ces trois ordinateurs sont là depuis deux ans, car la personne accusée ‹ ne se souvient malheureusement plus › des codes d’accès ! En tentant de décoder le verrouillage, nous avons endommagé le refroidissement d’un ordinateur haute performance. Sans succès, jusqu’à présent », explique la collègue.

Cependant, il s’agit là d’un cas isolé. Avec les bonnes ressources à disposition, chaque appareil peut, en principe, être exploité. Au pire, il sera démonté, par exemple pour extraire le support d’information (chip off). Parfois on se sert de méthodes telles que JTAG (Joint Test Action Group) ou ISP (In-System Programming). Et lorsqu’un smartphone ne peut plus être utilisé, car le propriétaire a délibérément détruit l’écran tactile, les criminalistes informatiques installent tout simplement un nouvel écran.

Les nouvelles technologies nécessitent de nouvelles méthodes

Des moyens et méthodes spécifiques sont également utilisés pour exploiter les données des systèmes installés dans les véhicules (navigation, télématique, infodivertissement, assistance automobile, systèmes de capteurs ou de commande) et des comptes sur les plateformes sociales. Car ici aussi, les criminalistes informatiques trouvent souvent de précieuses preuves, notamment en ce qui concerne les coresponsables, complices ou mandataires potentiels.

Les discussions en ligne jouent un grand rôle, surtout dans le milieu de la drogue. « Pour les délits commis dans le domaine de la pornographie enfantine, les photos et les vidéos sont importantes, alors que pour les délits de drogue et financiers, ce sont les messages enregistrés sur les multiples téléphones portables utilisés qui sont utiles », indique Daniel Sémon. « La difficulté rencontrée lors de leur exploitation est celle que le texte soit rarement écrit en clair, mais truffé de mots codés. Les déchiffrer est essentiel pour le succès de l’enquête. »

Sur la scène de crime numérique, les règles sont les mêmes : ne toucher à rien et ne rien changer !

Il est également important que les étapes de travail soient correctement réalisées et documentées. « Rien que le fait d’allumer et d’éteindre l’appareil, de retirer un support de données ou d’entrer une information via le clavier peut contaminer des indices et détruire des preuves. Cela est désastreux, car mis à part une sauvegarde complète des données, une reconstruction intégrale des processus dans les appareils informatiques est souvent indispensable pour la conservation concluante et juridiquement utilisable des preuves », explique l’un des spécialistes lucernois.

Il sait que chaque petite erreur d’enquête ou de vice de procédure est inexorablement utilisée par la « partie adverse ». « Souvent, ce ne sont plus les délits, mais les éventuelles erreurs de recueillement des preuves qui sont mises en avant », critique Daniel Sémon.

C’est pourquoi les spécialistes informatiques lucernois veillent à toujours réaliser une chaîne de preuves irréprochable (Chain of Custody). Cela commence par la mise en place d’un « Write Blocker » lors de la création d’une copie forensique de chaque support de données (on ne travaille jamais sur l’original des données), qui autorise uniquement la lecture et non l’écriture des données. Par ailleurs (outre de nombreuses autres mesures), une valeur de hachage est créée – tant de l’original que de la copie – pour apporter une preuve irréfutable qu’à aucun moment le support de données n’a été modifié. Seule la version forensique ainsi sécurisée est ensuite évaluée, sachant que dans certaines circonstances des outils spéciaux permettent de restaurer et de récupérer les fichiers supprimés (file carving ou découpage de fichiers). Mais les criminalistes informatiques savent que « souvent, ce sont précisément ces données prétendument détruites qui permettent finalement de confondre le suspect ».

Possibilités de formation pour les criminalistes informatiques

Longtemps la « Forensique Numérique » ne pouvait être étudiée qu’en Norvège, en Irlande et dans le sud de l’Allemagne. La Hochschule Albstadt-Sigmaringen, approximativement à une heure de voiture du nord de Constance, offre depuis 2011 une filière master en cours d’emploi « Forensique Numérique ». Parmi les étudiants se trouvaient régulièrement des ressortissants suisses qui travaillent pour différents services de police, de sorte que les professeurs ont même abordé les particularités du droit suisse.

Depuis, les personnes intéressées par la forensique informatique peuvent aussi l’étudier en Suisse. La Haute École de Lucerne propose une formation CAS « Cyber Investigation and Digital Forensics », la Haute École spécialisée bernoise, quant à elle, propose le cours CAS « Digital Forensics & Cyber Investigation Fundamentals » ainsi que la nouvelle filière MAS « Digital Forensics & Cyber Investigation », à partir du mois d’avril 2020.

Les personnes intéressées trouveront des informations complémentaires sur www.hs-albsig.de, www.hslu.ch und www.bfh.ch

Le pasteur Roger Müller aide les personnes qui ont vécu des expériences pesantes, qui ont été témoin de choses terribles ou qui ont eux-mêmes infligé des souffrances aux autres. Il assiste aussi ceux qui apportent leur secours à ce moment-là. Un entretien sur les mille facettes de la souffrance, du chagrin, de la haine et de la colère ainsi que sur l’amour, le pardon, la force intérieure et l’espoir.

© SRZRoger MüllerRoger Müller

Lorsque la main protectrice de Dieu disparaît, le destin frappe impitoyablement, les ailes du plus puissant ange gardien se brisent et, lorsque les témoins, les proches, les personnes touchées ou les sauveteurs sont choqués et laissés sans voix, c’est là que le Care Team entre en scène. Leurs spécialistes, appelés par les forces d’intervention d’urgence, apportent les premiers soins psychologiques et les mesures spécifiques pour offrir l’assistance spirituelle.

Le pasteur Roger Müller est l’un d’eux. Après des études de théologie, il est devenu aumônier à l’armée, a suivi différents cours en Suisse ainsi qu’une formation continue dispensée par l’OTAN à Oberammergau sur l’aumônerie militaire et la psychotraumatologie. C’est là que Roger Müller, qui travaille dans l’aumônerie d’urgence depuis près de 17 ans, a acquis de précieuses connaissances pour le soin des personnes potentiellement traumatisées. Il utilise lui-même ce savoir et son expérience lors d’interventions, mais les partage aussi dans le cadre de cours qu’il donne à la « Höhere Fachschule für Rettungsberufe » (école supérieure pour les métiers de secours) ainsi que lors des formations à l’attention des membres du Care Team et des Peers.

Monsieur Müller. Vous organisez, d’une part, la prise en charge des proches, des témoins et des victimes depuis 2013 en tant que responsable opérationnel de l’aumônerie d’urgence du canton de Zurich (Notfallseelsorge Kanton Zürich – NFSZH) et vous êtes aussi membre du conseil d’administration de Care Teams | Aumônerie d’urgence Suisse (CAS). Et, d’autre part, vous êtes aumônier pour les services de secours auprès de SRZ depuis 2015. Comment tout cela s’accorde-t-il ?

Très bien. Chez SRZ, j’accompagne les services de secours et je coopère étroitement avec l’équipe de support des Peers, forte de 34 personnes, pour les collaborateurs des pompiers, des centrales d’intervention et des services de secours. Même en n’étant pas employé par la SRZ et en n’ayant pas de bureau sur place, je suis toujours disponible pour les collaborateurs, que ce soit après les interventions ou pour les problèmes privés ou professionnels. Ce faisant, je rencontre toujours une grande ouverture d’esprit et de la bienveillance.

Auprès de la NFSZH, je m’occupe de la direction, de la coordination et de la formation. Durant les trois semaines de service de piquet annuel, j’offre mon soutien aux personnes qui sont potentiellement traumatisées par des suicides, des accidents, des crimes violents ou autres décès intervenus de manière extraordinaire, des incendies ou autres coups du destin.

Quelles sont les raisons les plus courantes pour lesquelles les forces d’intervention d’urgence font appel à des aumôniers d’urgence ?

Dans un cas sur quatre, il est question de parents proches qui ont perdu un membre de la famille par suicide. Les statisticiens estiment le nombre des suicides à près de 1’000 réussis et à 15’000 tentatives par an. Des chiffres qui laissent bouche bée. Près de la moitié des 300 interventions annuelles sont le fait de décès hors du commun. Le reste des interventions concernent des accidents, notamment des accidents de la route et du travail.

Quel est le niveau d’acceptation dont vous bénéficiez ?

© Pixabay« En tant qu’aumônier d’urgence, j’agis avec l’attitude du bon samaritain : je suis là pour celui qui a besoin d’aide, sans préjugés et ouvert. »« En tant qu’aumônier d’urgence, j’agis avec l’attitude du bon samaritain : je suis là pour celui qui a besoin d’aide, sans préjugés et ouvert. »En général nous sommes les bienvenus. Les forces d’intervention déployées demandent aux personnes concernées si elles souhaitent la présence d’un spécialiste. D’une manière générale, l’acceptation augmente et avec elle le nombre d’interventions. En 2014, nous avons effectué 527 heures de travail au cours de 177 interventions. En 2018, nous avons effectué 953 heures de travail au cours de 338 interventions et avons apporté notre soutien à près de 1’200 personnes. De plus en plus de secouristes sont conscients du fait que nous les déchargeons d’un grand poids et n’hésitent pas à faire souvent appel à nous.

Et cela n’est pas évident. Dans ce pays, l’histoire de l’aumônerie d’urgence n’est vieille que de 21 ans.

C’est exact. En Suisse, la première équipe Care Team a été mise en place après le crash de l’avion Swissair ayant fait 229 victimes le 2 septembre 1998 près de Halifax. Depuis, des Care Teams ont été créés dans chaque canton. Malheureusement, les structures sont à ce jour encore hétérogènes, notamment en raison de « l’esprit cantonal ». Mais on constate tout de même un effort de standardisation et d’uniformisation.

Quelles sont les approches concrètes en ce sens et quels avantages peuvent en résulter ?

Dans le canton de Zurich, le Conseil d’État a décidé, en avril 2019, l’existence future d’une Care Organisation au niveau cantonal. La NFSZH continue d’être responsable des événements courants et, en cas d’incidents majeurs ou de catastrophes, des personnes de l’équipe Care seront affectées à la protection civile. Le service sanitaire coordonné (SSC), quant à lui, travaille – dans le sens de la promotion d’une coopération intercantonale – à un concept qui unifie la nomenclature, les structures et les processus et sert d’ « Unité de doctrine » à l’échelle nationale pour faire face aux événements majeurs. Le document a fait l’objet d’une discussion intensive le 31 octobre 2019 dans le cadre du congrès « Coopération intercantonale des équipes de Care » du Reseau National d’Aide Psychologique d’Urgence (RNAPU).

Je me félicite de ces développements. Il est important que les Care Giver et les spécialistes soient formés et agissent selon des directives et normes homogènes, éprouvées et reconnues. Nous, les membres du NFSZH, nous agissons dans ce cens ; depuis 2012 nous sommes certifiés par la RNAPU et notre expérience prouve qu’une approche rigoureuse augmente l’efficacité de nos activités.

En parlant d’approche : Que faites-vous lorsque vous êtes appelé à intervenir ? Comment vous préparez-vous ?

On ne peut pas se préparer. Je dis toujours : « Attends-toi à l’inattendu ». Chaque intervention est différente, suit son propre cours. Des modèles brevetés ne servent pas à grand-chose. Il est besoin de modèles individuels et efficaces parmi lesquels on sélectionne ce dont on a besoin au moment précis. En plus d’une grande expérience et d’une solide formation, il est nécessaire d’être ouvert, flexible et d’avoir une bonne capacité d’écoute. Vouloir à tout prix aider est plutôt contre-productif.

Mon expérience montre qu’il est important de poser des questions. Les bonnes questions au bon moment obligent l’autre à réfléchir, le tirent de son état de choc et de sa stupeur et le ramènent dans le monde « réel ». Répondre aux questions arrête le tourbillon des pensées. Souvent je commence par des questions fermées, c’est-à-dire des questions simples qui attendent un « oui/non » comme réponse et je les ouvre successivement. C’est ainsi que je génère une discussion. Une fois celle-ci en cours, il suffit souvent d’écouter, de se taire, de supporter, de tenir le coup. C’est une manière de prendre à soi et d’enlever le fardeau à l’autre.

Lors de ces conversations difficiles, qui demandent du tact, de l’empathie mais aussi de la clarté, à quoi êtes-vous confronté ?

© Care Team See/Lac & Sense« Pour que l’aide apportée puisse profiter, j’ai besoin de la confiance des hommes – et d’être sûr que je peux vraiment aider. »« Pour que l’aide apportée puisse profiter, j’ai besoin de la confiance des hommes – et d’être sûr que je peux vraiment aider. »Avec de la souffrance, de la stupéfaction et de l’incompréhen­sion, mais aussi avec des sentiments qui expriment la honte et la responsabilité. Comme lorsque quelqu’un pense n’avoir pas été à la hauteur, n’avoir pas pu éviter le pire ou au contraire avoir causé l’événement avec son comportement. Parfois je ressens aussi de la colère ou même de la haine, comme à l’époque où un membre d’une organisation de secours, qui fut régulièrement appelé au même endroit pour des suicides, s’emportait contre le fait que « Les hommes mettaient toujours fin à leurs jours ici même ». Cette personne considérait cela comme un manque de respect vis-à-vis de son organisation ...

Il est intéressant de constater que l’événement en question n’est pas forcément la raison pour laquelle les hommes recherchent mon soutien spirituel. Parfois, le passé refait surface suite à un déclic provoqué par la tragédie présente ou les événements vécus. Alors je me rends compte qu’il existe quelque chose d’enfoui au plus profond de l’être, quelque chose qui n’a jamais fait l’objet d’un travail psychologique et qui refait surface inopinément.
Cela prouve bien à quel point il est important que les personnes potentiellement traumatisées bénéficient toujours et immédiatement de l’aide et de l’accompagnement dont ils ont besoin. Nous activons ainsi leurs propres réserves qui leur permettront de supporter et d’accepter les situations extrêmes. Elles peuvent alors faire appel à ces ressources, qu’elles soient personnelles ou provenant de leur environnement social, à chaque fois qu’elles vivent une situation pesante. Notre travail qui va dans ce sens a des effets durables, même si notre présence n’est que de deux à peut-être six heures pendant la phase aiguë. Rien que pour cela, je me réjouis que la participation de Care Teams soit de plus en plus demandée et devient une routine.

Remarquez-vous que les développements sociétaux sont à l’origine de changements dans votre travail ?

Oui. Notre société devient toujours plus anonyme, la taille et la qualité de l’environnement personnel s’amoindrit. Je suis ce développement avec inquiétude. Dans le temps, les personnes en situation extrême étaient beaucoup mieux et plus efficacement prises en charge par leur environnement familial et leurs vrais amis. Aujourd’hui, je rencontre de plus en plus d’individus seuls qui n’ont personne à qui se confier lors d’une conversation personnelle dans le but de partager et de parler de ce qu’ils ont vécu. Les problèmes familiaux systémiques augmentent et, par voie de conséquence, le sens et l’utilité de notre travail.

Mais certaines choses se sont améliorées. Les forces d’intervention bénéficient d’une formation psychologique et font preuve de plus de tact que par le passé. Les employés des pompes funèbres sont compréhensifs et la mise en bière n’est plus faite immédiatement, mais après que les proches ont pu prendre congé de la victime. Toutefois, la situation est bien entendu éprouvante lorsqu’une personne, qui vient de vivre un événement soudain qui la plonge dans le plus profond désarroi, le deuil et la souffrance, est confrontée à toute la panoplie des policiers, services sanitaires, ministère public ou le médecin d’arrondissement.

Que pouvez-vous faire lorsque vous remarquez que la personne n’est plus en état de réagir, car on lui en demande de trop ?

Je peux servir de médiateur, exiger la patience et le temps qu’il faut pour que les personnes concernées puissent à nouveau réfléchir clairement et donner des réponses raisonnables à d’éventuelles questions. Souvent il suffit de quitter momentanément le lieu où a eu lieu l’événement, de faire quelques pas et de prendre le recul suffisant.

En fait, vous êtes employé par l’Église nationale. Les pensées religieuses jouent-elles un rôle dans votre travail ?

Uniquement pour moi personnellement, pas pour mon rapport avec ceux que j’aide et que j’accompagne. J’interviens en premier lieu en tant qu’homme et après seulement – et uniquement en cas de besoin – en tant que pasteur. Lorsque je me rends compte, au cours de la conversation, que des dispositions religieuses existent, alors j’aborde le thème. Ce faisant, la tendance religieuse ne joue aucun rôle. Autant j’allume naturellement une bougie avec une famille chrétienne, que je prie avec une personne musulmane ou que j’accomplis une pratique ou un rituel avec des hommes de confession hindoue, bouddhiste ou juive. Seul compte ce qui est important pour l’autre et ce qui l’aide à comprendre le drame.

Personnellement, qu’est-ce qui vous est particulièrement pénible – et comment arrivez-vous à gérer ce que vous vivez et entendez ?

Les événements où des enfants sont impliqués sont particulièrement durs. Dans le cadre de mon activité d’aumônier pour les services de secours, un grand fardeau moral est le décès ou les blessures graves de membres des services d’intervention. Mais là aussi, je dois savoir comment y faire face, pour apporter mon aide et mon soutien.

Dieu merci, je suis doté d’une grande force et stabilité mentales ainsi que d’une faculté de trier les différentes pensées dans des « tiroirs » dont je sais qu’ils ne s’ouvrent pas n’importe quand. J’accepte les pensées tristes, mais je sais aussi les ordonner et les ranger. Et je suis toujours heureux lorsqu’à la fin de l’intervention, la personne assistée me remercie. Après une journée d’intervention, je parle de ce que j’ai vécu à des gens que je connais bien – et pendant mon temps libre, je vide ma tête et mon esprit en lisant et en cuisinant.

Avez-vous souvenance d’une intervention particulière que vous n’oublierez jamais ?

Oui. Une fois, alors que j’aidais un cadre dirigeant d’une importante institution, j’ai remarqué que la lumière qu’il représentait menaçait de s’éteindre. Si tel avait été le cas, l’existence de toute l’institution aurait été en danger. J’avais compris que « Je n’avais pas le droit ni le désir de laisser faire ». Dieu merci, j’ai réussi à éviter que la lumière ne s’éteigne. J’en suis très reconnaissant ! Des souvenirs liés à cette intervention, je puise la force et l’énergie pour continuer jusqu’à ce jour. Ce que j’ai vécu et maîtrisé à cette époque me montre combien le travail d’aumônerie d’urgence est – et restera – précieux, significatif et indispensable.

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Care Teams | Aumônerie d’urgence Suisse (CNS-CAS)

Care Teams | Aumônerie d’urgence Suisse (CAS) (avant : AG Aumônerie d’urgence Suisse) est un organe dédié à la mise en réseau, à la promotion et à la formation continue de tous les Care Teams en Suisse et dans la Principauté du Liechtenstein. Le CAS assure une fonction de coordination et de charnière à l’échelle nationale en termes d’information, d’échange d’expériences et de mise en réseau. À cette fin, il maintient une plate-forme Internet avec un portail vers les différentes autorités et organisations impliquées dans Care. D’un autre côté, le CAS promeut et représente l’intégration du soutien spirituel d’urgence, pastoral et/ou religieux dans la formation et le travail à l’attention des organisations de soins. Dans le cadre d’un soutien d’urgence multidisciplinaire, il comprend l’aumônerie d’urgence comme un partenariat et un complément à la psychologie d’urgence.

Le Réseau National d’Aide Psychologique d’Urgence (RNAPU)

Le Réseau National d’Aide Psychologique d’Urgence (RNAPU) est un groupe de spécialistes pour le soutien psychologique d’urgence, mis en place à titre permanent à la demande du mandataire du Conseil fédéral pour le « Service sanitaire coordonné (SSC) ». Le RNAPU dispose de différentes commissions spécialisées et coordonne, en coopération avec les cantons et d’autres organisations, l’aide psychologique d’urgence pour la Confédération et les partenaires du SSC. Il ordonne des directives d’intervention et des normes de formation. À fin 2018, 36 organisations d’intervention et 17 organisations de formation, 193 spécialistes en psychologie d’urgence et 42 superviseurs étaient certifiés RNAPU.

Paul Tedde, fondé de procuration et membre de la direction, dirige avec les trois frères et sœur Guggenbichler, la société CSC Desinfektion und Tatortreinigung GmbH sise à Pratteln. Nous lui avons demandé ce qui distingue un bon nettoyeur de scène de crime, quels sont les risques et les défis liés au métier et comment les forces d’intervention d’urgence peuvent se prémunir des dangers invisibles rencontrés sur les lieux.

© zVgPaul TeddePaul Tedde

Monsieur Tedde, qu’est ce qui caractérise un bon nettoyeur de scène de crime ?

Pour commencer, une bonne formation, de préférence en tant que désinfecteur diplômé d’État et agréé, comme le sont tous les membres de notre équipe de base. Il faut par ailleurs disposer d’une bonne stabilité psychique, d’une limite de répulsion très poussée, d’un mental d’acier et de l’empathie nécessaire. Un nettoyeur de scène de crime doit être endurci, mais faire également preuve de l’empathie requise pour avoir une attitude compréhensive, respectueuse et correcte envers les proches. Il est en outre indispensable qu’il travaille consciencieusement et avec une grande exactitude. Les nettoyeurs de scène de crime portent une grande responsabilité. L’honnêteté, la précision et la flexibilité au niveau du temps d’intervention et de travail complètent le profil. En effet, la mort ne respecte pas les heures de bureau.

Où les personnes intéressées peuvent-elles acquérir les compétences nécessaires ?

En Suisse, malheureusement aucune institution ne forme actuellement au métier de nettoyeur de scène de crime. Adrian, André et moi-même avons été formés selon les directives de l’Institut Robert Koch (RKI). Dans l’Union européenne, le nettoyeur de scène de crime est un métier reconnu, pour lequel il existe des formations certifiées et des règles professionnelles bien définies. À l’heure actuelle, en Suisse, pas même le nom du métier est protégé. C’est pourquoi nous avons récemment créé l’association professionnelle « HygiA » pour, à l’avenir, proposer des formations certifiées.

Donc, tout le monde peut exploiter une société de nettoyage de scène de crime aujourd’hui ? Sans bénéficier de l’expertise reconnue ?

En théorie, oui. Ce qui est scandaleux au regard des risques qui se présentent lorsque le travail n’est pas accompli avec professionnalisme, c’est-à-dire d’après les règles de la loi sur la prévention des infections et dans le respect des directives reconnues au niveau international, comme celles du RKI. Toute personne effectuant mal son travail, par exemple avec des produits inappropriés, provoque des risques imprévisibles. C’est pourquoi nous utilisons exclusivement des produits listés par le RKI et la Deutsche Gesellschaft für Hygiene und Mikrobiologie (société allemande pour l’hygiène et la microbiologie – DGHM) et cela de manière ciblée en fonction de chaque cas et en respectant strictement les directives.

Où sont cachés les plus grands risques ?

Ce que l’on voit est repoussant, ce qui est invisible met souvent la vie en danger. Les nettoyeurs de scène de crime travaillent à des endroits extrêmement dangereux. Notamment là où des personnes séropositives ou infectées avec d’autres maladies hautement contagieuses ont perdu du sang, des liquides corporels et des morceaux de peau, d’organes ou d’os. Dans les appartements habités par des personnes atteintes de syllogomanie, du syndrome de Noé ou par des locataires nomades. Là où des cadavres sont restés longtemps sans avoir été découverts. Dans tous ces lieux, se cachent des spores fongiques, des germes, des bactéries ou des virus potentiellement mortels ­– et parfois de très mauvaises surprises. Un jour, nous avons même trouvé une grenade à main dégoupillée !

Cependant, ce sont surtout les germes et les spores fongiques qui sont dangereux pour toutes les personnes travaillant sur les lieux d’intervention. Sont-elles au courant des dangers ?

Malheureusement, non ! Jusqu’à présent, les membres de la police, les pompiers, les services de secours et de sécurité, mais également les employés des pompes funèbres ou les médecins légistes, agissent encore avec une totale insouciance et inconscience. Pourtant, il leur suffirait de se fier à leur odorat ! Notre sens olfactif est un instrument d’alerte optimisé durant des millions d’années. S’il détecte des odeurs pénétrantes, écœurantes, nauséeuses, l’alerte est donnée. Mais nombre d’entre elles ignore ce signal, se rendent sur les scènes de crime, dans les appartements de personnes atteintes de syllogomanie et dans les lieux avec un cadavre, sans protection de base. Avec leurs chaussures, ils marchent sur des sols infectés et transportent les germes et les spores dans la voiture, au bureau et chez eux, où les enfants jouent par terre. Ils touchent des surfaces contaminées avec leurs mains nues, puis effleurent inconsciemment leur visage, la bouche, le nez, les oreilles ou les yeux. De plus, ils inhalent peut-être sans le savoir des spores ou des germes fongiques qui « s’éveillent » dans les poumons humides et chauds et commencent leur œuvre destructrice, dont les conséquences ne se révèlent souvent qu’après des années.

Que conseillez-vous alors à tous ceux qui doivent intervenir dans ces lieux ?

Ils doivent être conscients des dangers et absolument se protéger à chaque fois. La sacoche de l’uniforme doit contenir des couvre-chaussures, des gants jetables, un masque respiratoire et un désinfectant efficace contre les bactéries et les virus. Et chacun doit savoir comment mettre et enlever cet équipement et comment utiliser correctement les produits de désinfection.

Comment gérez-vous les images que vous voyez chaque jour ?

Comme dit : Il faut avoir un mental à toute épreuve. Il ne faut pas laisser son esprit divaguer, ce qui n’est pas toujours facile. Surtout lorsque les traces que nous enlevons montrent ce qu’il s’est passé. Une fois nous avons découvert des empreintes ensanglantées de mains, car la victime avait tenté de s’enfuir sur le balcon, mais aussi une trace sur le sol qui indiquait qu’elle avait à nouveau été tirée dans l’appartement. De telles images ne s’oublient pas de sitôt. Mais les lieux de crime particulièrement terribles sont ceux où des enfants ont été impliqués ou ceux que nous devons nettoyer après le suicide d’une personne que nous connaissions.

Mais qu’est-ce qui vous fascine tellement, pour tout de même exercer ce métier avec la motivation et l’enthousiasme requis ?

D’une part, nous nous rendons chaque jour compte de ce que nous avons accompli. Tous les soirs, nous avons une image détaillée de ce qui a été fait. D’autre part, nous sommes heureux lorsque les parents touchés peuvent à nouveau pénétrer dans un appartement ou un autre lieu de crime sans craindre pour leur santé, sans odeurs nauséabondes ou sans traces visuelles, lorsqu’un appartement où vécut une personne atteinte de syllogomanie peut être reloué avec bonne conscience et que les colocataires peuvent à nouveau respirer (au sens premier du terme). Sans oublier que notre travail en rebute plus d’un, mais nous obtenons par ailleurs de l’estime, de la gratitude et du respect. Mais nous savons tous : Il faut bien quelqu’un pour faire ce boulot – et nous le faisons tous les jours.

Depuis 1970, des millions d’adeptes de films policiers sont cloués devant leur télé pour voir « Tatort » les dimanches soir. Le 1’100e épisode a été diffusé sur les chaînes le 19 août 2019. Nous enquêtons sur quelques faits étonnants. Le « Tatort » a été inventé par Gunther Witte pour concurrencer, sur la chaîne allemande ZDF, « Der Kommissar », la série policière diffusée par l’autre chaîne...
Les événements suivants, pour lesquels les Care Teams Suisses sont intervenus, ont fait beaucoup parler d’eux, tant au niveau national qu’à l’international : 2 septembre 1998 Un avion de la compagnie Swissair s’écrase au large de Halifax (229 morts) 11 janvier 1999 À Saint-Gall, un père tue par balle le professeur de sa fille 27 juillet 1999 Accident de canyoning dans la rivière Saxetbach (21...
Crosscall construit depuis huit ans des porta­bles et smartphones « tout-terrain » à Aix-en-Provence. Nous avons testé le modèle phare Trekker-X4 avec ses fonctions Dashcam et Bodycam, qui revêt un grand intérêt pour les forces d’intervention. Le Trekker-X4 de Crosscall certifié Mil-Std 810 G et IP68 sait tenir les chocs : nous avons poncé son écran sur le sable au bord du lac de Zurich, nous...
Le pasteur Roger Müller aide les personnes qui ont vécu des expériences pesantes, qui ont été témoin de choses terribles ou qui ont eux-mêmes infligé des souffrances aux autres. Il assiste aussi ceux qui apportent leur secours à ce moment-là. Un entretien sur les mille facettes de la souffrance, du chagrin, de la haine et de la colère ainsi que sur l’amour, le pardon, la force intérieure et...
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